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4/5 - Faut-il forcément regarder vers le passé pour avancer ?

Pourquoi est-il parfois si difficile de demander ou recevoir de l'aide ?



Dans les articles précédents, nous avons vu que certaines de nos difficultés actuelles trouvent leur origine dans des expériences anciennes qui ont profondément marqué notre manière de nous protéger, d'entrer en relation ou de demander de l'aide.


Une question se pose alors presque naturellement : comprendre son passé est-il une ressource ou peut-il aussi devenir un piège ?


Sur ce sujet, les avis peuvent parfois être assez tranchés :


  • Certaines personnes affirment qu'il ne sert à rien de revenir sur ce qui est terminé.

    « Le passé est derrière nous. Il faut aller de l'avant. Dans ce cas, nous avons plutôt tendance à éviter le passé.

  • D'autres, au contraire, expliquent toutes leurs difficultés par leur histoire.

    « Je suis comme ça parce que j'ai souffert ; avec tout ce que j'ai vécu, je ne peux pas avancer autrement. » Ici, nous finissons par nous identifier à nos blessures.


Le travail thérapeutique ne consiste ni à oublier ce qui s'est passé, ni à revisiter indéfiniment ses blessures.



Remettre au passé ce qui appartient au passé


Tant qu'une stratégie de protection reste confondue avec notre identité, nous avons l'impression qu'elle fait simplement partie de nous.« Je suis anxieux. »« Je suis méfiant. »« Je suis perfectionniste. »


Le travail thérapeutique permet progressivement de comprendre dans quel contexte ces mécanismes se sont construits et surtout la fonction qu'ils ont remplie : nous protéger, préserver le lien avec les autres et nous permettre de continuer à avancer malgré des circonstances difficiles.


Ils cessent alors d'être confondus avec notre identité pour redevenir ce qu'ils ont toujours été : des stratégies d'adaptation. Lorsqu'elles retrouvent leur juste place dans notre histoire, de nouvelles façons d'être, de ressentir et d'entrer en relation peuvent progressivement émerger.



Pourquoi est-il si difficile de regarder son passé ?


Il arrive que certaines parties de notre histoire ne puissent tout simplement pas être regardées. Non parce que nous manquons de courage ou de volonté.


Certains souvenirs sont flous, trop entremêlés ou inaccessibles. Certaines émotions ou sensations restent à distance.

Nous avons parfois le sentiment que, si nous ouvrons cette porte, tout va nous déborder. Que la souffrance est immense, incontrôlable. Que nous risquons d'être envahis ou de nous effondrer. Cette peur n'a rien d'irrationnel. Elle n'est pas toujours consciente, mais quelque chose en nous le sait. Parce que c'est précisément ce que nous avons déjà vécu.


Le travail thérapeutique consiste aussi à respecter ces protections.


Mais il existe une autre raison, beaucoup plus simple : regarder son passé peut être profondément inconfortable.

Nous sommes tous extraordinairement créatifs lorsqu'il s'agit d'éviter la souffrance : l'humour, l'agitation, le travail, les distractions, les addictions ou le fait de toujours remettre à plus tard. Pendant un temps, ces stratégies nous permettent de tenir debout. Et nous pouvons même les remercier pour cela. Mais ce que nous évitons ne disparaît pas pour autant.



Comprendre son passé ne suffit pas


Regarder son passé peut être profondément libérateur, et mettre enfin du sens sur ce que nous vivons permet souvent de sortir de la culpabilité et de porter un regard plus doux sur soi-même. Mais il serait tout aussi réducteur de penser que toutes nos difficultés s'expliquent uniquement par notre histoire.


Notre biologie, certaines particularités neurodéveloppementales, notre état de santé, notre éducation, notre place dans la famille, notre environnement social et culturel, les rapports de domination, mais aussi les rencontres et les événements que nous traversons, viennent tous enrichir cette compréhension.

Chacun apporte une pièce supplémentaire au puzzle de notre existence.


Pourtant, comprendre intellectuellement ne suffit souvent pas… Pour que nos anciennes stratégies d'adaptation puissent évoluer, notre corps, notre système nerveux, nos émotions et notre manière d'entrer en relation doivent faire l'expérience d'une plus grande sécurité.


Il existe aujourd'hui de nombreuses approches - somatiques, corporelles ou s'appuyant sur les états de transe - qui soutiennent ce travail d'intégration et favorisent l'émergence de nouvelles façons d'être en lien avec soi, les autres et le monde.



Quand regarder le passé devient un piège


Chercher à comprendre, à guérir, à améliorer prend parfois des allures de quête du Graal.

Lors d'un week-end de constellations familiales, j'ai rencontré un homme qui, malgré sa vingt-cinquième constellation, semblait toujours aussi perdu dans sa capacité à embrasser la vie.


La quête de compréhension peut aussi masquer un besoin plus profond : celui d'être enfin vu, entendu et reconnu dans sa souffrance. Et quand la souffrance est devenue une fonction dans notre manière de rester en lien avec les autres, elle devient presque impossible à résoudre.


« Si je ne suis plus ma blessure... qui suis-je ? »


Le piège peut également prendre une tout autre forme.

À force de chercher à devenir une version toujours plus consciente, plus performante, plus spirituelle, plus alignée ou plus accomplie de nous-mêmes, nous déplaçons sans cesse notre espoir vers l'étape suivante. Nous enchaînons les thérapies, les stages, les formations, les soins ou les pratiques avec l'idée que le prochain accompagnement sera enfin celui qui nous permettra de devenir cette « meilleure version de soi-même ».


« Quand serai-je enfin assez ? »


La quête d’un idéal de soi nous conduit au même résultat : la vie est toujours un peu ailleurs.


Un accompagnement est là pour nous aider à retrouver davantage de liberté, pas pour devenir le lieu où nous cherchons indéfiniment qui nous sommes, ni pour nous faire croire que notre guérison dépend de la découverte de chaque détail du passé.



Revenir à l'essentiel


Ce qui nous libère n'est pas de connaître chaque détail de notre histoire, mais de comprendre progressivement la logique de notre fonctionnement : les stratégies d'adaptation que nous avons développées, les épreuves qu'elles nous ont permis de traverser et les besoins qu'elles cherchaient à protéger.


Nous ne regardons pas le passé pour vivre dans le passé.

Nous le regardons pour vivre davantage dans le présent.


Une dernière question se pose alors pour conclure cette série : lorsque nous nous sentons enfin prêts à demander de l'aide, comment choisir un accompagnement adapté à nos besoins et une personne avec laquelle nous pourrons réellement nous sentir en sécurité ?

C'est ce que nous explorerons dans le dernier article.

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