DIS-MOI TRANSE, à quoi tu sers ?
- Lucie Richard

- 30 juin
- 5 min de lecture
J'étais en train de préparer mon prochain épisode de podcast consacré à une question en apparence toute simple : à quoi sert la transe ? En apparence seulement.
Au lieu de continuer à construire la réponse devant mon ordinateur, une idée m'est venue...
Et si j'allais la lui poser directement, en état de transe ?
Je ne savais évidemment pas ce qui allait se passer. Peut-être rien. Peut-être une vision sans grand intérêt. Mais je me suis promis une chose : raconter exactement ce qui viendrait. Ne pas surjouer. Ne pas intensifier. Ne pas mystifier.
J'ai lancé ma playlist, fermé les yeux, posé ma question.
Et la première image s’est présentée…
Je me vois petite fille. Quelqu’un me tient par la main. M’emmène quelque part.
Mais je vois ensuite cette main qui me traîne comme si j’étais une poupée de chiffon molle, pour ensuite devenir une vision de moi enfant qui avance en traînant au sol un ours en peluche. Je sens une tristesse monter…
Je fais immédiatement le lien avec le dessin animé Bernard et Bianca, car cette vision est déjà apparue il y a quelques mois dans un cadre thérapeutique. Je sais que, dans le ventre de cet ours, des joyaux sont cachés. J’y vois un rubis.
Le rubis est déjà apparu plusieurs fois dans d'autres transes. À chaque fois, il est associé à quelque chose qui demeure lorsque tout le reste s'effondre. Une part essentielle de moi-même, que je reconnais désormais lorsque cette image revient.
Mais là, la transe me montre que je le traîne derrière moi. Comme si je n’y prêtais pas attention. Comme si je n’en prenais pas soin.
J’entends alors ces mots : « Arrête de traîner ce trésor derrière toi. Relève-toi. Regarde-le.»
La tristesse s’amplifie… Je prends l’ours entre mes mains et j’observe le rubis, qui se transforme alors en chardon. Et m’emmène dans un paysage de montagne, mon lieu ressource lié à mes souvenirs d’enfance.
Et j’entends encore : derrière les piquants, il y a quelque chose de tendre.
Le chardon commence alors à venir me piquoter partout sur le corps, à même la peau. Puis encore : « Réveille-toi. »
La vision m’emmène dans un tout autre univers.
Il y a maintenant un tapis de piquants ondulant à l’infini, entouré de néant, sur lequel je marche tel un fakir, je ne vois pas d’horizon, ni de but, j’avance… Et les piquants grossissent pour devenir immenses, et moi toute petite.
Je tombe dans l’obscurité.
Les piquants, devenus colonnes métalliques, accompagnent ma descente. Je glisse doucement vers le fond pour me retrouver plongée dans un lac aux eaux noires. Je n’ai pas peur. Je nage jusqu’à une surface rugueuse. Une roche volcanique, rugueuse et coupante.
Là, un œil émerge des eaux. C’est un alligator.
Il n’est pas effrayant et je sens que je dois le suivre.
La vision porte alors mon attention sur la peau de son dos, rugueuse et surmontée de piquants, puis sur son ventre mou. Les piquants. La carapace qui protège quelque chose de tendre et de doux.
Peu à peu, d'autres alligators apparaissent. Ils convergent tous vers un même point, comme attirés par quelque chose. C’est une lumière extrêmement intense qui est là. Une présence rayonnante.
Je cherche à saisir ce qu’elle contient ou représente. Je questionne, mais aucune réponse ne vient. Seulement la sensation que ce n'est pas quelque chose que l'on peut saisir.
Ni posséder.
Ni comprendre.
Seulement quelque chose dans lequel on peut se laisser baigner.
Alors je reste là. Simplement présente. Et je sens que je suis arrivée au bout du processus.
FIn, j’ouvre les yeux.
Comme toujours, lorsque j'ai des visions, je cherche ensuite à en saisir le sens.
Que veulent me dire ces visions ?
Je crois que nous avons profondément besoin de relier entre elles des images, des émotions, des perceptions, des souvenirs ou des expériences qui, au premier abord, semblent n'avoir aucun rapport.
Les visions, en tout cas les miennes, ne s’arrêtent pas lorsque je rouvre les yeux. Elles continuent de m’accompagner pendant des mois, parfois des années. Certaines images ou messages reviennent d’une transe à l’autre, comme des motifs qui se superposent, se répondent et s’enrichissent. Au fil des années, j'ai le sentiment d'apprendre peu à peu le langage symbolique dans lequel ma psyché semble choisir de s’exprimer. Un langage qui dessine progressivement une véritable cartographie intérieure.
Et dans ma vie de tous les jours, au détour d'un obstacle, d'une rencontre, d'un paysage ou d'une tâche à accomplir, les visions resurgissent comme des compagnons de route. Elles réactivent en moi l'expérience vécue lors de cette transe. Elles me rappellent un cap, ravivent une confiance oubliée ou me reconnectent simplement à quelque chose d'essentiel dont j'ai besoin à cet instant.
Si je reviens maintenant à la question que j'avais posée :
« Transe, à quoi sers-tu ? »
J’ai d’abord le sentiment que la transe me conduit vers un espace où je peux retrouver, regarder et prendre soin d’une part de moi précieuse et inaltérable, que je laisse parfois derrière moi sans même m’en rendre compte. C’est ce que me racontent, à leur manière, la petite fille, l’ours en peluche et le rubis.
La transe ne m'invite jamais à éviter les piquants. Au contraire. Elle semble transformer ma manière de les traverser. Ce qui pique ou blesse n'est plus seulement un obstacle : dans cet état de conscience, cela peut devenir ce qui me réveille, un guide ou un passage.
La transe me rend capable de marcher sur les pointes sans m'y blesser, de changer d'échelle pour plonger plus profond et de me laisser porter au-delà des peurs les plus instinctives.
La descente vers les eaux noires, puis la rencontre avec les alligators, me donnent le sentiment d’approcher quelque chose de très ancien, de très profond, presque archaïque, autant dans mon corps que dans ma vie psychique. Ce qui me frappe, c’est que le thème du chardon ne disparaît pas totalement mais se métamorphose. Les piquants deviennent tapis, colonnes, puis la peau rugueuse de l’alligator. À chaque fois, la même intuition revient : derrière la carapace, derrière les épines, quelque chose de tendre cherche à être approché.
Enfin, tous les alligators convergent vers une même lumière. Je ne peux ni la comprendre, ni la saisir. Je peux seulement m’y laisser baigner. Et peut-être que c’est ce qui me touche le plus : la vision semble me conduire vers un endroit où il n’y a plus rien à résoudre. Plus rien à expliquer. Seulement à être.
Pour poursuivre
Dans le prochain épisode du podcast, je reprends cette même question sous un angle plus réflexif : que peut-on dire, de manière plus générale, de ce que la transe permet de vivre et de transformer ?
À écouter très bientôt !





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