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ES-TU CHAMANE ?

il y a 3 jours
6 min de lecture

Une histoire de racines et d'identité



C'est une question que l'on m'a souvent posée au cours de mon parcours, et à laquelle j'ai toujours répondu non. Mais pour être tout à fait honnête, pendant longtemps, cette réponse relevait davantage d'une précaution que d'une réflexion bien étayée.


Au tout début de mes expériences des états modifiés de conscience et des visions, je n'avais absolument aucune culture sur ces questions, et j'ai tout naturellement trouvé mes premières réponses dans le chamanisme.

J'ai découvert tout un univers de pratiques, de traditions et de croyances qui m'ont apporté des éléments de compréhension très précieux sur lesquels m'appuyer pour structurer mes premières explorations.

J'ai suivi ce fil, puis je m'en suis éloignée pour faire un petit tour du monde des pratiques amenant aux états modifiés de conscience. Depuis quelque temps cette question ressurgit : qu'est-ce qui, dans mon travail et mon identité, peut effectivement se rapprocher ou différer de la figure du chamane ?



Mais qu'est-ce qu'un chamane ?


Le mot « chamane » nous vient des peuples toungouses de Sibérie. Il a progressivement été utilisé par les ethnologues pour désigner des figures présentes dans différentes cultures à travers le monde, même si leurs pratiques, leurs croyances et leurs fonctions peuvent être très différentes. Cette figure est tout autant féminine que masculine, même si j'emploie ici le masculin par convention grammaticale.


Selon les traditions, on peut devenir chamane par transmission familiale, à la suite d'un appel spirituel, ou encore par un parcours d'apprentissage et d'initiation auprès d'un chamane expérimenté. Voici quelques repères pour mieux comprendre ce que recouvre le terme « chamane » :


Quelles capacités et quels pouvoirs lui sont attribués ?

Les capacités de perception et de communication : recevoir des visions, interpréter des rêves, accéder à des informations cachées, percevoir des événements futurs, communiquer avec les esprits ou les ancêtres.

  • Les capacités de déplacement et de transformation : accomplir des voyages spirituels, faire sortir son âme de son corps, se transformer symboliquement ou spirituellement en animal, ou entrer en relation avec des esprits auxiliaires.

  • Les pouvoirs de guérison : diagnostiquer des maladies attribuées à des causes spirituelles, retrouver une âme considérée comme perdue, extraire un élément supposé provoquer la maladie ou mobiliser des esprits pour favoriser la guérison.

  • Les pouvoirs d'action : exercer une influence sur des individus, des communautés, des lieux, des animaux, des phénomènes naturels ou sur le cours des événements.


Quelles techniques utilise-t-il ?
  • Les pratiques sonores et vocales : utilisation d'instruments de musique, chants, invocations, récitations et vocalisations diverses.

  • Les pratiques corporelles : danses, mouvements répétitifs, postures, gestes rituels, souffles ou aspirations.

  • Les autres techniques : jeûne, isolement, épreuves physiques ou utilisation de plantes psychoactives dans certaines traditions.

  • Les supports matériels et symboliques : costumes, masques, coiffes, ornements, objets rituels, offrandes et aménagement d'espaces cérémoniels.



Au service de quoi ? Quel rôle joue-t-il dans sa communauté ?

Le chamane ne se définit pas uniquement par ce qu'il fait ou par les expériences qu'il traverse. Il occupe aussi une place et une fonction reconnue au sein d'un groupe humain. Il peut par exemple :


  • Soulager les souffrances et favoriser la guérison.

  • Prévenir ou réparer les déséquilibres.

  • Protéger des dangers et des influences néfastes.

  • Favoriser la réussite, la prospérité ou la fécondité, notamment dans les domaines de la chasse, des récoltes, de la guerre ou de la vie de la communauté.

  • Éclairer les décisions et aider à faire face aux incertitudes.

  • Accompagner les grandes étapes de l'existence, notamment la naissance, les passages initiatiques et la mort.


Au-delà des capacités, des pratiques et des fonctions que nous venons d'énumérer, une autre dimension est essentielle : la reconnaissance du rôle du chamane par la communauté à laquelle il appartient.





Qu’est-ce que je partage moi-même avec les chamanes ?


Même si je ne me définis pas comme chamane, je crois qu'il y a une véritable part de chamane en moi. Et cette part-là, je l'aime beaucoup.


Elle s'est réveillée avec la pratique du chant harmonique il y a plus de 7 ans. Des visions sont apparues, des petits films intérieurs que je recevais sans les avoir cherchés et dont je ne comprenais pas toujours le sens.

Cette découverte a profondément bouleversé le regard que je portais sur moi-même, et dans cette période de profonde remise en question, la rencontre avec la figure du chamane m'a permis de reconnaître bien d'autres dimensions de moi-même.


Petite fille, j’aimais danser, chanter, dessiner, fabriquer toutes sortes d'objets… j'adorais les contes et la mythologie. Je m’imaginais en déesse capable de parler avec les animaux, en vestale, gardienne du feu sacré ou encore en Pythie devineresse.

En grandissant, j'ai développé mon goût pour la création et une curiosité insatiable pour l'être humain, sa manière de penser, de vivre, de s'organiser et de donner du sens à son existence. Autant d'intérêts qui m'ont conduite à emprunter des chemins très différents, au point d'avoir longtemps le sentiment d'un parcours dispersé.


Et voilà que je découvrais la figure du chamane, dans laquelle toutes ces dimensions de moi-même pouvaient enfin se rejoindre et révéler leur cohérence.


Restait alors une autre question, qui m'a taraudée pendant les premières années : que faire de ces capacités qui émergeaient ? Au service de quoi pouvais-je les mettre ? J'avais la conviction qu'elles ne pouvaient pas simplement rester des expériences étonnantes ou amusantes, que je devais leur trouver une vraie place dans ma vie.


Mais comment se projeter dans une manière d'être au monde, dans une fonction ou un métier dont on ne connaît même pas l'existence, ou qui n'existe tout simplement pas dans la société dans laquelle on a grandi ?


Dans nos sociétés occidentales, les fonctions que peut réunir un chamane sont généralement réparties entre plusieurs figures : le thérapeute, le prêtre, la voyante, l'enseignant, le musicien, l’artiste… Nous avons développé des domaines de compétences et des cadres professionnels distincts, là où certaines traditions chamaniques articulent davantage le soin, le spirituel, l'art, le rituel et la transmission.



Mais alors, pourquoi non ?


Je crois que j'aurais vraiment aimé pouvoir répondre oui à la question « Es-tu chamane ? », tant cet archétype me touche par sa puissance symbolique et ce qu'il représente.


Et, il y a presque trois ans, j’ai senti le besoin de m'en détacher, de me dépouiller et d'aller chercher du côté de chez moi de nouveaux repères pour enrichir ma grille de lecture.

Comment la culture occidentale avait-elle compris et interprété la transe et les phénomènes associés ? Pourquoi certaines pratiques avaient-elles été mises de côté alors que d'autres avaient continué à exister ?


J'ai alors découvert qu'au-delà des courants comme le New Age, la culture occidentale avait, elle aussi, beaucoup à raconter sur les états de transe à travers des approches davantage scientifiques et thérapeutiques, ou plus étonnantes ! Il fallait emprunter des chemins de traverse pour en découvrir d'autres formes ou d'autres dénominations : possession diabolique, extase mystique, somnambulisme magnétique, hypnose, voyance, crise d'hystérie, état dissociatif, catalepsie…


En croisant ces différentes approches, j'ai pris conscience de la puissance qu'exercent un contexte, un discours, une interprétation sur une même expérience de transe. J'aurai l'occasion de revenir plus longuement, dans un autre article ou podcast, sur les croyances et l'interprétation des expériences, tant ces sujets touchent à des questions fondamentales, notamment en termes de prise de pouvoir ou d'impact sur la psyché.


Finalement, je réalise aujourd'hui à quel point je suis un pur produit de l'esprit des Lumières (non sans biais, donc) : explorer de multiples hypothèses, les croiser, les confronter, les faire se frotter à la réalité de l'expérience vécue. Et conserver la liberté de dire que je ne sais pas, sans perdre ma légitimité.


Et, au-delà de mon cheminement personnel, il reste une distinction essentielle : je n'appartiens à aucune tradition chamanique et je n'occupe aucune fonction reconnue comme telle au sein d'une communauté.



Alors, j'en suis où aujourd'hui ?


Si je ne suis pas chamane, j'ai développé des capacités perceptives et des compétences que l'on retrouve également chez les chamanes de différentes traditions. Au fil des années, j'ai appris à mieux comprendre et utiliser mes perceptions, à construire ma propre grille de lecture et à développer différents outils pour entrer en transe et naviguer dans ces états. J'ai aussi appris à faire confiance à mes ressentis et, plus largement, à moi-même.


Et surtout, j'ai trouvé au service de quoi mettre tout cela.


J’ai construit une manière d'accompagner et de transmettre qui me ressemble. Une pratique dans laquelle les perceptions ne deviennent pas des vérités imposées, où la transe peut être un espace d'exploration, et où l'autonomie des personnes occupe une place essentielle.


Aujourd'hui, je m’appuie sur un socle solide à partir duquel je peux continuer à chercher et à expérimenter. Et je crois que c'est bien là que je me reconnais le plus : dans cette liberté de tracer mon propre chemin.




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