MON HISTOIRE
Un parcours entre corps, conscience et transformation

Vivre à moitié présente à soi
Il m’a fallu des années pour comprendre que l’on peut vivre à moitié présent à soi.
Longtemps, j’ai fonctionné, créé, aimé, sans vraiment habiter mon corps. Il était comme une machine au service d’un mental suractif et d’un désir constant de liberté.
Lors de ma première grossesse, alors que la vie grandissait en moi, j’ai mesuré l’ampleur de ma déconnexion. Je me souviens encore de ce moment de malaise chez la sage-femme haptonome :
- « Vous sentez là ? »
- « Non… »
- « Et là ? »
- « Non plus… »
Mon corps restait muet. J’avais honte de ne rien sentir sans m’en inquiéter davantage.
Dans une société qui valorise le mental et la performance, cette coupure me semblait presque normal.
Mais quelque chose en moi voulait sentir.
Entre quête d’intensité et recherche d’un refuge
Alors j’ai cherché le vivant ailleurs. Dans l’intensité des expériences physiques, des relations passionnées, de nouveauté permanente. Toujours plus fort, toujours plus vibrant, comme si l’intensité pouvait combler ce que je ne sentais pas à l’intérieur.
Dans un même mouvement, je me suis construit un refuge. Un chez-moi sécurisant, un cocon. Là, tout en élevant mes deux fils, j’ai exploré la création : écriture, musique, textile, chant, sans jamais choisir vraiment une direction, ni construire de stabilité. Sans le savoir encore, en me cachant du monde.
Sortir de cette cage dorée n’a pas été un geste spectaculaire, mais une lente initiation : apprendre à marcher dans le monde sans me perdre, à être visible sans me sentir en danger, à trouver une forme d’autonomie intérieure.
L’appel du son
Quand le son est entré dans ma vie, quelque chose s’est ouvert. J’ai découvert le yoga du son presque par hasard, en cherchant simplement un moyen d’apaiser mon mental. Là où j’étais coupée, j’ai commencé à habiter à l’intérieur. Peu à peu, des ressentis fins ont émergé, ouvrant à des perceptions dont je ne soupçonnais pas l’existence, parfois déroutantes par leur précision, parfois profondément déstabilisantes. J’ai choisi de comprendre. Je me suis formée pour asseoir mes connaissances et mes expériences : bioénergie, sonothérapie, transe consciente, système nerveux, trauma.
Ce chemin n’a pas été de tout repos : douleurs chroniques, pertes de sensibilité, épuisement profond.
La traversée
J’ai accepté l’idée que j’avais besoin d’aide, et que je ne pouvais pas tout régler seule. Dans la sécurité d’un suivi thérapeutique, des mémoires enfouies ont émergé. Il s’agissait d’atteintes précoces que j’avais totalement occultées. Le choc a été immense.
Il a été suivi d’un effondrement tout autant que d’un profond soulagement : mes comportements, certains choix de vie, mes difficultés relationnelles prenaient enfin sens.
J’ai compris à quel point la coupure du corps avait été protectrice, me tenant à distance de la souffrance, mais aussi de mon élan de vie. J’ai appris à travailler avec l’inconscient, avec l’âme, mais toujours en revenant au corps et à l’expérience directe pour transformer en profondeur.
La cohérence retrouvée
Tout ce que j’avais exploré, mes expériences, mes créations, mes recherches intellectuelles et spirituelles, que je voyais jusqu’alors comme des pièces éparses, se sont peu à peu imbriquées pour former une image claire : la cohérence de mon parcours. Je ne me sentais plus fragmentée. Je pouvais m’appuyer sur quelque chose de stable à l’intérieur de moi.
Chaque étape de cette traversée a façonné ma manière d’accompagner : ancrée dans l’expérience, dans la recherche de sens, guidée par l’intuition et portée par un profond respect de l’autonomie de chacun. Mon rôle aujourd'hui est d’accompagner le mouvement, de mettre en lumière et de soutenir ce qui cherche à émerger.
Je sais que c’est possible.
Parce que je l’ai traversé, et que j'y grandis encore.
